Mahama: ces vulnérables endurent le calvaire dans leurs corps et âmes

Il nous arrive souvent d’écrire sur certains aspects de l’assistance que la Caritas est en train de fournir aux plus vulnérables parmi les réfugiés burundais à Mahama. Et, il est vrai, ces derniers, qui comprennent des personnes âgées de plus de 60 ans, les handicapés et les malades chroniques, font des éloges sincères et reconnaissantes à la Caritas qui, affirment-ils, sans elle ils n’auraient pas survécu. Presque tous reçoivent la fameuse farine enrichie Sosoma (Sorgho, Soja, Maïs), mais il y en a qui vivent misérablement, sans habits ou très mal habillés, tandis que d’autres dorment à même le sol et sans matelas. Il est aussi vrai que l’exil n’est pas un espace de vie heureuse et que la Caritas, faute de moyens,  ne peut pas satisfaire tous leurs besoins fondamentaux en matière de nourriture, d’habillement et de confort.

Cependant, au sein de ces catégories cibles de la Caritas, nous en avons aussi rencontré qui souffrent atrocement dans leurs corps et âmes, sans espoir du lendemain. Certains préfèrent la mort pour en finir. Par cet article, nous voulons une nouvelle fois plaider leur cause, pour que ces vulnérables aient au moins une compensation à leurs  problèmes de perte de sang, d’incapacité de mâcher, etc. En janvier dernier, la Caritas a été amenée à suspendre son assistance en vivres frais faute de financement. Les témoignages ci-dessous ne sont qu’un échantillon.

Adèle B., une veuve de 78 ans, a fui le Burundi en juin 2015. A l’époque, elle se sentait bien, car on n’avait pas encore diagnostiqué son cancer de l’uterus. Ce n’est qu’une fois arrivée dans le camp de Mahama, que son mal s’est déclenché et progressivement amplifié par un saignement abondant. Elle fut alors transférée au Centre Hospitalier Universitaire de Kigali (CHUK) où l’on a découvert qu’elle était atteinte d’un cancer de l’utérus au stade avancé. Le CHUK la transféra à l’hôpital spécialisé en cancérologie de Butaro où on lui a administré des traitements par transfusion qui, nous a-t-elle dit, l’ont beaucoup soulagé, avant de la ramener au camp de Mahama. Malheureusement, il semble que, selon ce qu’elle nous a dit, son âge ait été un frein pour la poursuite de son traitement à Butaro.

A Mahama, Adèle doit aujourd’hui endurer un saignement constant, si bien qu’il lui arrive souvent d’être entièrement anémiée et d’être transférée à l’hôpital de Kirehe pour  une transfusion sanguine. Lorsque nous l’avons récemment rencontrée dans sa maison à Mahama, elle était complètement découragée, car son mal ne faisait que s’aggraver avec des jambes gonflées qui lui faisaient très mal. Elle nous a décrit son calvaire en versant des larmes, car les transfusion qu’on lui fait à Kirehe ne sont, selon elle, que des palliatifs qui ne la soulagent guère.

Jean Claude H., 32ans, paralysé de tous ses membres des suites de la torture qu’il a subie dans son pays. Sa paralysie s’est progressivement installée depuis qu’il a fui son pays pour intégrer le camp de Mahama. Aujourd’hui ses bras et ses jambes ne tiennent plus et il ne sait même plus parler. Sa femme, Mukandahiro Pascasie, s’acquitte fréquemment des tâches de le tourner dans son lit et de le transporter de son lit à son fauteuil roulant que lui octroyé Handicap International. M. Jean Claude H. ne survit que grâce à la bouillie de la farine Sosoma que lui fournit la Caritas, car c’est le seul met qu’il peut avaler. “Au moins si je pouvais avoir un peu de riz ou un autre aliment léger pour lui varier l’alimentation”, nous a dit sa femme qui n’entretient aucun espoir de voir un jour son mari retrouver la santé. Car, selon elle, en dehors de son fauteuil roulant, rien ne lui est fait dans le camp pour sa réhabilitation physique.

Annick K., une femme mariée de 34 ans, mère de deux enfants, mal voyante des suites des gaz lacrimogènes lancés sur elle en décembre 2015 à Bujumbura. Depuis cet incident, elle ne voit plus. Mais, affirme-t-elle, son mal s’est empiré dans le camp de Mahama à cause des poussières, de la chaleur et d’une luminosité intense. Dans ses démarches de se faire soigner, il y a un an et demi qu’elle a été transférée au CHU de Kigali où on lui a nettoyé les yeux, sans pourtant pouvoir la guérir. De son côté, le CHUK l’a transféré à l’hôpital privé spécialisé, Dr Agarwal Eyes Hospital, mais celui-ci n’a pas de convention avec le HCR. En conséquence, Annick K. doit quotidiennement endurer les douleurs de ses yeux devenus secs faute de liquide humectant. Ses douleurs ne s’atténuent que très peu lorsqu’il pleut ou qu’il fait froid.

Josélyne N., 52 ans, veuve et mère d’un jeune soufrant d’une infirmité motrice et cérébrale (IMC), Franck Igiraneza, 19 ans. Son fils est né en 1999 avec malformation au lendemain d’une chute brutale que cette mère a faite peu avant sa naissance en fuyant des agresseurs pendant la guerre civile burundaise. Mais, ce n’est que, une fois arrivée à Mahama en juin 2015, qu’elle a commencé à sentir des douleurs atroces au thorax qui se sont révélées, en juillet dernier, être des suites d’une déformation de l’une de ses côtes lors de sa chute. Aujourd’hui, ces douleurs font qu’ elle ne sait plus soulever son fils auquel elle doit pourtant apporter tous les soins.

Quant à son fils, Franck Igiraneza, des images prouvent qu’il était encore enthousiaste et moins recrocovié lorsqu’il était encore au Burundi. Son informité ne s’est aggravée qu’après son exil, car, selon sa maman, des soins appropriés ne lui ont pas été administrés comme au pays. Franck ne sait plus mâcher, et selon sa mère Josélyne, il ne survit que grâce à la bouillie de farine de Sosoma que lui fournit la Caritas. “Il a besoin d’une alimentation légère qu’il est capable d’avaler, mais nous ne pouvons pas l’obtenir ici”, nous a dit cette mère déséspérée avec des larmes aux yeux.

Raphaël, N., 61 ans, veuf et diabétique. Sa femme et ses filles ayant été assassinées devant ses yeux, il vit aujourd’hui seul à Mahama où il survit difficilement que grâce à une ration mensuelle de la farine Sosoma que lui fournit la Caritas. Mais cette ration ne stabilise pas son état de santé qui nécessite un régime alimentaire approprié. M. Raphaël vit aujourd’hui avec peine son grave et profond traumatisme moral dans le camp de Mahama, où rien ne le soulage.

                                                                                                                Aloys MUNDERE    

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